mercredi 19 août 2015

Témoignage de Pascal Lebihain et Elie Vignac pour le figaro.fr concernant la noyade par aspiration en Dordogne



La jambe du jeune nageur est restée coincée dans une bonde d'évacuation. L'accident survenu jeudi dans une piscine publique de Dordogne pose la question de la sécurité de ce type d'installation. Selon la mairie, le système de filtration était neuf.

Un enfant de 11 ans est mort noyé après avoir passé plusieurs minutes sous l'eau, la jambe prise dans une bonde d'évacuation, dans une piscine de Dordogne, a indiqué vendredi le parquet de Périgueux. L'incident est survenu jeudi après 17H30 dans le petit bassin de la piscine municipale de Terrasson-Lavilledieu.

Selon les premiers éléments de l'enquête communiqués par le parquet, «la grille recouvrant une bonde de fond était absente», et une jambe de l'enfant a été happée dans celle-ci jusqu'au genou, lui maintenant la tête sous l'eau. le maitre-nageur a tenté d'intervenir, mais l'aspiration était trop puissante. Les secours, arrivés rapidement, ont eu eux aussi beaucoup de mal é délivrer l'enfant, qui est resté de longues minutes la tête sous l'eau. 

Selon l'adjoint au maire, Jean Bousquet, interrogé par Sud-Ouest «Le système de filtration a été refait cette année.». Une enquête a été ouverte par le parquet de Périgueux pour homicide involontaire. Le juge devra déterminer pourquoi la grille de la bonde s'est détachée. Pour le moment, les enquêteurs n'ont toujours pas retrouvé la grille, qui pourrait avoir été emporté dans lestuyaux d'évacuation, a indiqué le parquet de Périgueux. 

Un accident tragique mais «caricatural», selon les spécialistes de la sécurité des piscines publiques. En effet, si ces drames ne sont pas fréquents selon l'Institut de veille sanitaire (InVS), ils surviennent généralement dans les mêmes conditions que ce jeudi. La force d'aspiration de la bonde de fond est telle qu'en cas de défaut de la grille de protection, le système de pompage retient au fond de l'eau.

Ces installations sont contrôlées par la Direction départementale de la cohésion sociale et de la protection des populations. La périodicité des contrôles n'est pas définie mais des visites inopinées sont censées garantir la sécurité des usagers.

Défaillance organisationnelle

Spécialiste du management de la sécurité dans les piscines publiques à l'université de Poitiers, Pascal Lebihain explique que ce système d'aspiration par bonde de fond n'est plus censé exister. Les accidents de ce types ont conduit à la création d'une nouvelle norme, dite de l' «hydraulicité inversée». Un système de pompage dans lequel l'eau est aspirée en surface et non plus par le fond, ce qui évite la noyade, même en cas d'aspiration intempestive.

Même dans les vielles installations n'étant pas doté de cette technologie, un bouton d'arrêt d'urgence existe, pour couper le système d'aspiration en cas d'incident. Consterné, Elie Vignac, qui réalise une thèse relative à la sécurité dans les piscines publiques, «a du mal à croire qu'un enfant puisse se faire aspirer». Il souligne cependant l'aspect organisationnel de la défaillance. Même s'il ne connaît pas précisément les circonstances de l'accident de Terrasson-Lavilledieu, il rappelle que «dans ce genre de situation, c'est un ensemble de facteurs de danger conjugués à différentes étapes du processus accidentel» qui engendrent le drame.

Cette noyade mortelle est la seconde en piscine publique depuis début juin selon l'InVS, qui publie des chiffres tous les trois ans. A titre de comparaison, en 2012, 8 cas de noyade mortelle en piscine publique avaient été relevés sur les quatre mois d'été (juin-septembre). Des données critiqués par Elie Vignac qui déplore qu'il soit «aujourd'hui impossible de connaître le nombre de noyés sur un année», rappelant que» dans les piscines on ne s'y noie pas que l'été».

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